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Devenir bilingue : pourquoi tout commence dans la petite enfance

12 min de lecture ·

L'oreille, les yeux et l'attention du bébé se préparent à plusieurs langues bien avant le premier mot. Ce que montrent les études de Paris, Orsay et Montréal, et pourquoi un enfant bilingue s'installe plus facilement dans un autre pays.

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En bref

  • Le point de départ : devenir bilingue commence dès la naissance, bien avant le premier mot.
  • L'oreille et les yeux : le nouveau-né distingue les langues par leur rythme, le bébé bilingue les reconnaît même sur un visage muet.
  • L'attention : à deux ans, les enfants bilingues réussissent mieux une tâche où il faut freiner un réflexe.
  • Plusieurs langues : le cerveau de l'enfant adapte sa façon d'apprendre les mots au nombre de langues qu'il entend.
  • L'expatriation : plus l'enfant arrive tôt dans une langue, plus son niveau final se rapproche de celui d'un natif.

Devenir bilingue, pour un enfant, ne demande ni cours ni manuel. Il suffit que deux langues fassent partie de sa vie dès les premiers mois : la langue de la maison et une autre, entendue chaque jour, avec des personnes qu'il aime. Les études menées à Paris, à Montréal, à Vancouver et à Chicago montrent que le cerveau du bébé est prêt pour cela dès la naissance, et que les langues apprises tôt laissent un avantage durable. Pour une famille qui pense un jour vivre dans un autre pays, c'est aussi la meilleure préparation possible.

Un père, une mère et leur petite fille rient à la terrasse d'un café dans une petite ville française
Les langues de l'enfant se construisent dans les moments partagés, bien avant l'école. Photo : Murblz

Devenir bilingue commence avant le premier mot

On imagine souvent le bilinguisme comme une compétence d'adulte : savoir commander au restaurant, lire un contrat, passer un entretien dans une autre langue. Chez l'enfant, tout se joue beaucoup plus tôt et de façon invisible. Le bébé écoute, compare, trie les sons, observe les visages. Quand il prononce ses premiers mots, il a déjà passé des mois à construire la carte de ses langues.

Krista Byers-Heinlein, T. C. Burns et Janet Werker, de l'Université de la Colombie-Britannique, ont testé des nouveau-nés au tout début de leur vie. Les bébés dont la mère n'avait parlé que l'anglais pendant la grossesse préféraient nettement l'anglais au tagalog, une langue des Philippines. Ceux dont la mère avait parlé régulièrement les deux langues pendant la grossesse montraient la même préférence pour l'une et pour l'autre. Les chercheurs ont vérifié un second point important : les deux groupes savaient distinguer l'anglais du tagalog. Entendre deux langues ne crée donc pas de confusion. Leur conclusion, publiée dans Psychological Science en 2010, tient en une phrase : « The first steps toward bilingual language acquisition have already begun at birth », autrement dit, les premiers pas vers le bilinguisme sont déjà faits à la naissance.

Pour les parents, le message est simple. Il n'existe pas d'âge trop précoce pour parler deux langues à un bébé. Les mécanismes qui lui permettent d'apprendre une langue sont les mêmes qui lui permettent d'en apprendre deux.

Dès la naissance, l'oreille reconnaît les langues

Comment un nouveau-né peut-il savoir qu'il entend deux langues différentes, alors qu'il ne comprend encore aucun mot ? La réponse vient d'un laboratoire parisien. Thierry Nazzi, Josiane Bertoncini et Jacques Mehler, du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de l'École des hautes études en sciences sociales, ont fait écouter à des nouveau-nés français des phrases en langues étrangères, filtrées pour ne garder que la mélodie et le rythme de la voix.

Les bébés faisaient la différence entre l'anglais et le japonais, deux langues au rythme très différent. Ils ne la faisaient pas entre l'anglais et le néerlandais, deux langues au rythme proche. Dans une troisième expérience, ils séparaient l'anglais et le néerlandais d'un côté, l'espagnol et l'italien de l'autre. L'étude, parue en 1998 dans le Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, conclut que le nouveau-né classe ce qu'il entend en grandes familles selon le rythme global de la langue.

Ce tri par le rythme est la toute première porte d'entrée du langage. Un bébé qui grandit entre deux langues de rythme différent, comme le français et l'anglais, dispose dès ses premiers jours d'un indice clair pour ranger chaque phrase dans la bonne case.

Les bébés bilingues lisent aussi les langues sur le visage

L'oreille n'est pas seule à travailler. Whitney Weikum et une équipe réunissant des chercheurs de Vancouver et de Barcelone ont montré à des bébés des vidéos muettes de personnes qui parlaient anglais ou français. Sans le moindre son, les bébés de 4 et 6 mois remarquaient le changement de langue, rien qu'en regardant les mouvements du visage.

À 8 mois, le résultat change. Seuls les bébés qui grandissaient avec le français et l'anglais réussissaient encore la tâche. Les autres avaient perdu cette sensibilité, devenue inutile pour eux. L'étude, publiée dans Science en 2007, montre que le bébé garde les capacités dont sa vie quotidienne a besoin. Un enfant qui vit avec deux langues conserve ses outils pour les distinguer, y compris ceux qui passent par les yeux.

Cette observation a une conséquence pratique. Le bébé apprend beaucoup en regardant la personne qui lui parle. Les moments face à face, quand l'adulte articule, sourit et attend une réponse, comptent autant que le nombre de mots entendus.

À deux ans, un avantage pour l'attention

Parler deux langues oblige le cerveau à un exercice permanent : les deux langues restent actives, et il faut choisir la bonne à chaque phrase. Les chercheurs se demandent depuis longtemps si cet entraînement profite à d'autres domaines. Diane Poulin-Dubois et ses collègues du Centre de recherche en développement humain de l'Université Concordia, à Montréal, ont posé la question pour des enfants très jeunes.

Ils ont proposé une série de tâches de fonctions exécutives à 63 enfants de 24 mois, monolingues et bilingues. Sur la tâche de type Stroop, qui demande de freiner une réponse automatique pour donner la bonne, les enfants bilingues de naissance ont obtenu des résultats nettement meilleurs. Sur les autres tâches, les deux groupes étaient à égalité. L'article, paru en 2011 dans le Journal of Experimental Child Psychology, situe ainsi l'avantage bilingue dans les situations de conflit, et à un âge où l'enfant parle encore très peu.

Cette capacité à retenir un réflexe pour choisir la réponse adaptée sert bien au-delà du langage. Elle aide à suivre une consigne en classe, à attendre son tour, à passer d'une règle de jeu à une autre.

Trois langues ou plus : l'enfant adapte sa façon d'apprendre

Beaucoup de familles expatriées vivent avec trois, quatre ou cinq langues : celle de chaque parent, celle de l'école, celle du pays d'accueil, parfois celle de la nounou. Les parents se demandent si ce n'est pas trop pour un petit enfant. Krista Byers-Heinlein et Janet Werker ont comparé des bébés de 17 à 18 mois monolingues, bilingues et trilingues sur une stratégie classique d'apprentissage des mots.

Face à un objet connu et un objet inconnu, un enfant monolingue qui entend un mot nouveau l'attribue presque toujours à l'objet inconnu. Il part du principe qu'un objet a un seul nom. Les bilingues utilisaient cette règle de façon marginale, les trilingues pas du tout. Le nombre de langues apprises, et non la taille du vocabulaire, expliquait la différence. L'étude a paru dans Developmental Science en 2009.

Ce résultat est logique. Pour un enfant qui entend trois langues, le même ballon a trois noms, et un mot nouveau peut parfaitement désigner un objet déjà connu. Son cerveau ajuste ses règles à la réalité qu'il vit. Grandir avec plusieurs langues ne surcharge pas l'enfant : cela façonne sa manière d'apprendre.

Une langue qu'on n'entend plus s'efface

L'autre face de cette plasticité est moins connue. Christophe Pallier, Stanislas Dehaene, Jacques Mehler et leurs collègues ont étudié des adultes nés en Corée et adoptés dans leur enfance par des familles françaises. Tous parlaient couramment le français et ne gardaient aucun souvenir conscient du coréen. Aux tests de mémoire, ils ne reconnaissaient pas le coréen mieux que des Français qui ne l'avaient jamais entendu.

L'imagerie cérébrale a confirmé ce résultat. Quand ils écoutaient du coréen, leur cerveau ne réagissait pas autrement qu'à une langue inconnue. Les zones activées par le français ressemblaient à celles des Français de naissance. L'étude a été publiée dans Cerebral Cortex en 2003 par une équipe de l'Inserm et du CEA, à Orsay.

La leçon pour les familles est claire. Une langue apprise tôt reste vivante si l'enfant continue de l'entendre et de la parler. Pour devenir bilingue, et surtout le rester, chaque langue a besoin d'une place régulière dans la journée, même courte. C'est cette régularité qui permet à un enfant de garder quatre ou cinq langues : un peu de chacune, souvent, avec des personnes et des moments qui lui sont associés.

Tatako s'appuie sur ce principe. C'est une application d'éveil à l'anglais pour les parents d'enfants qui grandissent avec deux langues : le parent et l'enfant font les leçons ensemble, en anglais oral, sans rien à lire, avec une méthode propre fondée sur des recherches en psychologie cognitive. Le français reste la langue de la maison, et le parent n'a pas besoin de parler anglais lui-même. Tatako, c'est l'anglais dès les premiers mots. Le blog de Tatako explique comment installer l'éveil anglais bébé dans les gestes de tous les jours, du change au coucher.

Comprendre l'autre, pas seulement sa langue

Le bilinguisme ne se limite pas aux mots. Samantha Fan, Zoe Liberman, Boaz Keysar et Katherine Kinzler, de l'Université de Chicago, ont testé des enfants sur une tâche où il fallait se mettre à la place de celui qui parle pour comprendre ce qu'il voulait vraiment dire. Les enfants monolingues se trompaient beaucoup plus souvent que les enfants bilingues.

Le résultat le plus surprenant concerne un troisième groupe : des enfants qui n'étaient pas bilingues eux-mêmes, mais qui vivaient dans un environnement où l'on parlait plusieurs langues. Ils réussissaient aussi bien que les bilingues, alors que leurs scores de fonctions exécutives étaient plus bas. Pour les auteurs, dont l'article est paru dans Psychological Science en 2015, l'avantage de communication aurait une origine sociale : grandir au milieu de plusieurs langues apprend à se demander ce que l'autre sait et ce qu'il veut dire.

C'est précisément la compétence qui aide un enfant à trouver sa place dans une nouvelle école, avec des camarades qui ne partagent ni sa langue ni ses habitudes.

Devenir bilingue tôt facilite l'expatriation

L'âge d'arrivée dans une langue laisse une trace durable. Jacqueline Johnson et Elissa Newport ont testé la grammaire anglaise de 46 personnes de langue maternelle coréenne ou chinoise, arrivées aux États-Unis entre 3 et 39 ans. Les résultats baissaient de façon régulière avec l'âge d'arrivée jusqu'à la puberté. Après la puberté, ils étaient faibles et très variables, sans lien avec l'âge d'arrivée. Cet effet ne s'expliquait ni par la durée d'exposition à l'anglais, ni par la motivation. L'étude a paru dans Cognitive Psychology en 1989.

Les premiers mois dans un nouveau pays sont intenses. Elin Thordardottir et L. Plez, de l'Université McGill, ont suivi 18 enfants immigrés de langue maternelle mandarine, âgés de 2 ans et 11 mois à 14 ans et 2 mois, pendant leur première année à Montréal, dans une école ou une garderie francophone. Testés de nouveau un an plus tard, ils avaient fortement progressé en vocabulaire et en longueur des phrases ; pour la plupart, la longueur des phrases était déjà dans les valeurs attendues, alors que le vocabulaire restait en dessous des normes. À durée d'exposition égale, les plus âgés allaient plus vite que les plus jeunes. L'étude a paru dans le Journal of Speech, Language, and Hearing Research en 2024.

Ces deux études se complètent. Les grands enfants rattrapent vite leur retard au début, mais c'est l'enfance qui fixe le niveau final. Un enfant qui connaît déjà la langue du pays d'accueil, même un peu, arrive avec une avance sur les deux plans : il suit la classe plus vite, et son niveau final a plus de chances d'approcher celui d'un natif.

Pour la famille qui prépare un départ, le meilleur ordre est donc de commencer la langue du nouveau pays avant le voyage et de garder la langue de la maison après. Notre guide pour s'expatrier en famille rassemble les titres de séjour de chaque membre de la famille, et celui sur le déménagement à l'étranger avec des enfants détaille les documents, l'école et l'adaptation.

Une expatriation en famille commence par les papiers des enfants

Actes de naissance apostillés, accord de l'autre parent, titre de séjour pour chaque membre de la famille et place à l'école : chaque document a son ordre et son délai. Murblz prépare le dossier familial complet et accompagne chaque étape jusqu'à la rentrée des enfants dans le nouveau pays. Nous garantissons un travail professionnel et un processus transparent.

Le coût de l'accompagnement dépend du pays et du nombre d'enfants ; un conseiller le calcule dans le chat.

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Comment Murblz accompagne les familles qui s'expatrient

L'enfant s'adapte vite à une nouvelle langue ; le dossier de la famille, beaucoup moins. Titre de séjour pour chacun, actes de naissance apostillés, autorisation de sortie du territoire, inscription à l'école et calendrier de chaque étape occupent l'essentiel du temps. C'est plus sûr avec des professionnels. Les conseillers Murblz préparent le titre de séjour de toute la famille, réunissent les documents des enfants et organisent l'installation avec un processus clair et une date pour chaque étape. Le coût de l'accompagnement est disponible sur demande auprès d'un conseiller.

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Questions fréquentes

À quel âge commencer pour devenir bilingue ?
Le plus tôt est le mieux, dès la naissance. Le bébé est prêt à apprendre deux langues dès ses premiers jours, et c'est l'enfance qui fixe le niveau final.
Peut-on devenir bilingue à l'âge adulte ?
Un adulte peut atteindre un très bon niveau dans une nouvelle langue avec un usage régulier. Le niveau d'un natif, en particulier en grammaire, s'obtient bien plus souvent quand la langue arrive dans l'enfance.
Parler deux langues à la maison retarde-t-il la parole ?
Deux langues entendues dès la naissance ne créent pas de confusion : le bébé les distingue très tôt. Son vocabulaire se répartit entre les deux langues, et c'est l'ensemble des deux qu'il faut regarder.
Un enfant peut-il apprendre quatre ou cinq langues ?
Beaucoup d'enfants d'expatriés grandissent avec plusieurs langues et les gardent. La condition est d'entendre chaque langue régulièrement, avec des personnes et des moments qui lui sont associés.
Faut-il commencer la langue du pays avant de partir ?
Commencer avant le départ permet à l'enfant d'arriver avec ses propres mots et d'entrer à l'école avec moins d'obstacles. La langue de la maison se garde ensuite en famille.

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Nous prenons en charge toute la démarche de bout en bout : nous vérifions vos documents, choisissons un programme adapté à votre situation et vous donnons des délais et des coûts honnêtes. Posez votre question dans le chat : la consultation gratuite commence ici. La représentation devant les administrations et les tribunaux est assurée par les spécialistes Murblz avec des partenaires agréés sur place.

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